Actuellement, la scène énergétique tunisienne subit une transformation radicale, évoluant d’un modèle centralisé issu du siècle précédent vers une structure hybride, décentralisée et résolument écologique. L’introduction et l’exécution du programme de 1,7 GW signalent un changement radical par rapport à la timidité des années antérieures. Cette ample production, énorme pour les dimensions du pays, ne doit pas être considérée juste comme une augmentation de capacité, mais comme le pivot central d’une stratégie de sécurité nationale. Effectivement, face à une fluctuation extrême des prix du gaz naturel sur la scène mondiale, l’aptitude de la Tunisie à générer son propre kilowattheure grâce à l’énergie solaire et éolienne se transforme en sa principale défense contre l’inflation énergétique.
L’intelligence de ce logiciel se trouve dans sa distribution géographique stratégique. En ciblant des gouvernorats tels que Sidi Bouzid, Gafsa et Gabès, l’État tunisien opère une forme de justice climatique et économique territoriale. Ces régions, historiquement tournées vers l’agriculture ou l’industrie extractive, deviennent désormais les poumons électriques du pays. L’implantation de centrales photovoltaïques de grande envergure dans ces zones ne se limite pas à la pose de silicium sur du sable ; elle nécessite la création de couloirs logistiques, le renforcement des postes de transformation et une montée en gamme des compétences techniques locales. C’est tout un écosystème de maintenance et de gestion intelligente des réseaux (Smart Grids) qui est en train de naître autour de ces concessions.
Le recours à des partenaires internationaux de premier rang via le système de concessions (Independent Power Producers – IPP) témoigne d’une maturité réglementaire nouvelle. En attirant des capitaux étrangers pour financer ces infrastructures, la Tunisie préserve ses capacités d’endettement public tout en bénéficiant des technologies les plus pointues en matière de rendement cellulaire et de stockage d’énergie. Cependant, l’expertise locale n’est pas en reste : le cadre législatif impose une intégration croissante des entreprises tunisiennes dans la chaîne de valeur. Cette synergie entre investissement global et exécution locale est la clé pour transformer ce programme en un véritable moteur de croissance inclusive, capable de générer des emplois pérennes pour une jeunesse hautement diplômée.
L’horizon de ce programme dépasse largement les frontières nationales. L’interconnexion ELMED, ce cordon ombilical électrique entre le Cap Bon et la Sicile, change radicalement la donne. Avec une capacité de 1,7 GW en cours de déploiement, la Tunisie se prépare techniquement à devenir un exportateur net d’électrons décarbonés vers l’Europe. Ce statut futur de « fournisseur vert » de l’Union Européenne offre une opportunité géopolitique rare : celle d’équilibrer la balance des paiements par l’exportation d’une ressource inépuisable. À terme, cette électricité propre servira de base à la production d’hydrogène vert, ouvrant la voie à une ré-industrialisation lourde mais propre, capable de produire de l’acier ou des engrais sans empreinte carbone.
En somme, ce qui se joue aujourd’hui dans les plaines de Sidi Bouzid ou les zones industrielles de Gabès, c’est l’écriture d’un nouveau contrat social et technologique. La transition énergétique tunisienne n’est plus une simple ligne dans un rapport ministériel ; c’est une réalité industrielle en marche qui réconcilie impératifs économiques, urgence climatique et souveraineté politique. Le pays prouve que, malgré les défis de transition, il possède la vision et les ressources nécessaires pour transformer son ensoleillement exceptionnel en une richesse durable et partagée.
Source officielle : Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie (Direction Générale des Énergies Renouvelables), Plan Solaire Tunisien 2030.