​Tunisie : La BCT durcit le ton contre le blanchiment d’argent et le financement de la prolifération
​Dans une circulaire majeure publiĂ©e ce mardi 23 dĂ©cembre 2025, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a instaurĂ© de nouvelles directives strictes Ă destination des Ă©tablissements financiers. Ce texte renforce le dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et, pour la première fois avec une telle prĂ©cision, encadre le risque liĂ© au financement de la prolifĂ©ration des armes de destruction massive.
​Un alignement stratégique sur les standards internationaux
​La publication de cette nouvelle circulaire s’inscrit dans une volontĂ© manifeste de la Tunisie de consolider sa position sur l’Ă©chiquier financier mondial. En s’alignant sur les recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI), la Banque Centrale de Tunisie cherche Ă prĂ©venir tout risque de « liste grise » et Ă garantir la fluiditĂ© des correspondances bancaires internationales.
​Le texte définit désormais avec une rigueur accrue le concept de financement de la prolifération. Les banques sont désormais tenues de surveiller tout manquement aux sanctions financières ciblées émanant du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela implique une obligation de gel immédiat des avoirs pour toute personne ou entité figurant sur les listes internationales, sans délai ni notification préalable, afin d’éviter toute évaporation de capitaux.
​Le renforcement du reporting prudentiel et de la conformité
​L’un des piliers de cette rĂ©forme repose sur l’Ă©volution du reporting prudentiel. Les banques tunisiennes doivent dĂ©sormais intĂ©grer des indicateurs plus fins dans leurs systèmes de surveillance. La BCT exige une transparence totale sur l’origine des fonds, tout en simplifiant paradoxalement certaines procĂ©dures administratives pour se concentrer sur l’essentiel. Ă€ titre d’exemple, certaines donnĂ©es d’identification jugĂ©es non pertinentes, comme le nombre d’enfants des clients, ont Ă©tĂ© supprimĂ©es pour permettre aux agents de conformitĂ© de se focaliser sur le profil de risque rĂ©el et les flux financiers suspects.
​Le rĂ´le des responsables de la conformitĂ© (Compliance Officers) se voit Ă©galement renforcĂ©. Ils deviennent les garants de l’Ă©valuation interne des risques, devant produire des rapports pĂ©riodiques plus frĂ©quents et dĂ©taillĂ©s. La circulaire impose Ă©galement une mise Ă jour systĂ©matique des programmes de formation du personnel bancaire pour affiner la dĂ©tection des signaux faibles liĂ©s aux transactions atypiques.
​Des sanctions dissuasives et une vigilance accrue
​Au-delà des aspects techniques, la Banque Centrale durcit le régime des sanctions. Tout manquement aux nouvelles obligations de vigilance ou de déclaration pourra entraîner des pénalités financières lourdes pour les établissements, voire des sanctions administratives touchant les dirigeants. Cette sévérité vise à instaurer une culture de la tolérance zéro face aux flux financiers illicites.
​La BCT insiste particulièrement sur la surveillance des transferts transfrontaliers et des opérations impliquant des pays à haut risque. Le filtrage en temps réel des transactions devient la norme, poussant le secteur bancaire tunisien vers une transformation digitale accélérée de ses outils de contrôle
Synthèse des enjeux : Ce qu’il faut retenir de la rĂ©forme
​L’objectif fondamental de cette nouvelle circulaire dĂ©passe le simple cadre rĂ©glementaire ; il s’agit d’une dĂ©marche stratĂ©gique visant Ă protĂ©ger l’intĂ©gritĂ© du système financier tunisien. En s’alignant scrupuleusement sur les normes du GAFI, la Banque Centrale de Tunisie garantit la pĂ©rennitĂ© des relations de correspondance avec les banques Ă©trangères, essentielles pour l’Ă©conomie nationale. Cette rĂ©forme concerne l’ensemble des Ă©tablissements financiers et banques opĂ©rant sur le territoire, les plaçant en première ligne de la sĂ©curitĂ© financière globale.
​La nouveautĂ© majeure de ce texte rĂ©side dans l’accent mis sur la lutte contre le financement de la prolifĂ©ration des armes, un volet souvent Ă©clipsĂ© par le blanchiment classique mais dĂ©sormais prioritaire. La BCT impose dĂ©sormais un mĂ©canisme de gel immĂ©diat des avoirs, permettant d’immobiliser les ressources de toute entitĂ© sanctionnĂ©e par le Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU sans le moindre dĂ©lai administratif.
​Pour les clients des banques, cet environnement rĂ©gulateur se traduira par une vigilance accrue. Il faut s’attendre Ă une demande de justificatifs plus rigoureuse concernant la provenance des fonds, particulièrement lors de transactions transfrontalières ou d’opĂ©rations de montants Ă©levĂ©s. Bien que ces mesures puissent paraĂ®tre contraignantes, elles constituent le socle de la confiance et de la crĂ©dibilitĂ© de la place financière de Tunis sur la scène internationale.

