Tunisie 2026 : Masse monétaire record de 28 milliards de DT

Capital Vision TN | 17 Avril 2026
Le paysage monétaire tunisien franchit une nouvelle étape symbolique et les chiffres donnent le tournis. Le volume des billets et monnaies en circulation (BMC) a atteint, selon les dernières données publiées par la Banque Centrale de Tunisie (BCT), un seuil historique de 28 milliards de dinars au 14 avril 2026.Le paysage monétaire tunisien franchit un nouveau cap symbolique, et les chiffres donnent le tournis. Selon les dernières données publiées par la Banque Centrale de Tunisie (BCT), le volume des billets et monnaies en circulation (BMC) a atteint le seuil historique de 28 milliards de dinars au 14 avril 2026.
Cette croissance fulgurante de 18 % sur un an n’est pas pour rien étonner: analystes financiers, investisseurs et citoyens s’interrogent sur les réelles conséquences de cette «cash-dépendance» sur notre économie. Pourquoi le cash résiste-t-il autant à la numérisation ? Et surtout, quel est l’impact réel sur votre pouvoir d’achat ?
En 2025, la masse monétaire en circulation s’élevait à environ 23,7 milliards de dinars. En un an, plus de 4,3 milliards de dinars supplémentaires ont été injectés ou maintenus dans l’économie physique.
Cette accélération s’explique par plusieurs facteurs :
- L’effet saisonnier post-Ramadan et Aïd : Traditionnellement, les périodes de fêtes en Tunisie (l’Aïd al-Fitr ayant eu lieu fin mars 2026) provoquent un pic de retrait de liquidités. Cependant, le non-retour de cet argent vers les circuits bancaires formels après les fêtes est un signal fort de thésaurisation.
- L’économie informelle : Le secteur informel reste le premier consommateur de cash. Cette masse monétaire de 28 milliards témoigne d’une économie souterraine qui continue de peser lourdement face au secteur structuré.
- La perte de confiance dans le circuit bancaire : Pour une partie de la population, conserver son argent « sous le matelas » ou l’utiliser exclusivement en espèces reste perçu comme une sécurité face aux frais bancaires et à la pression fiscale.
En économie, une augmentation rapide de la masse monétaire en circulation sans une croissance correspondante de la production de biens et de services entraîne forcément l’inflation. C’est la fameuse théorie quantitative de la monnaie;En économie, si la quantité de monnaie en circulation augmente rapidement sans qu’il y ait une croissance équivalente de la production de biens et de services, cela conduit forcément à l’inflation. C’est la fameuse théorie quantitative de la monnaie.
La pression sur les prix à la consommation risque de monter d’un cran avec la hausse de 18 % des billets en circulation. Si la BCT cherche à stabiliser son taux directeur, la circulation massive de cash rend la transmission de la politique monétaire plus difficile. En clair, lorsque l’argent circule hors des circuits bancaires, les outils classiques de lutte contre l’inflation perdent de leur efficacité.
La transition vers le numérique reste timide, malgré les interventions de la Banque Centrale et le déploiement de multiples programmes de « Smart Money ».
Pourquoi le décaissement stagne-t-il en Tunisie ?
- Interopérabilité limitée : Bien que des progrès aient été faits, le paiement mobile n’est pas encore un réflexe quotidien pour le petit commerce de proximité.
- Coût de la transparence : Le passage au numérique signifie une traçabilité totale des transactions, ce qui freine encore de nombreux acteurs économiques.
- Inclusion financière : Une part importante de la population rurale reste éloignée des services bancaires modernes.
Pour les lecteurs de Capital Vision TN et les observateurs de la Bourse de Tunisie (BVMT), cette situation présente un double visage :
- Pour les Banques : Cette fuite des dépôts vers le cash assèche la liquidité bancaire. Cela force les banques commerciales à se refinancer plus lourdement auprès de la BCT, augmentant ainsi leurs coûts opérationnels.
- Pour le Marché Actions : Une inflation persistante alimentée par la masse monétaire pourrait pousser les investisseurs vers des actifs tangibles ou des valeurs refuges, délaissant parfois le marché obligataire si les taux réels deviennent négatifs.
L’économie tunisienne aurait bien fait sans ce record de 28 milliards de dinars en billets et monnaies. Ce chiffre est un indicateur de la vitalité relative des échanges, mais il montre surtout la nécessité d’adapter nos modes de paiement et de redonner confiance dans les institutions financières.
Il est essentiel que cette masse monétaire revienne dans les circuits officiels afin de financer l’investissement productif et d’alléger la pression sur le dinar. Le chemin vers la souveraineté numérique est encore long, mais c’est le seul rempart efficace contre l’érosion du pouvoir d’achat.
Source officielle : Indicateurs Monétaires et Financiers de la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

