106 jours de devises : Un bouclier monétaire solide, mais à quel prix pour les entreprises ?
Capital Vision TN : Publié le 12 avril 2026
Dans un contexte économique mondial caractérisé par une volatilité persistante, la Tunisie enregistre des indicateurs monétaires qui incitent à l’optimisme. D’après les dernières données de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), les réserves nettes en devises se maintiennent à environ 24,5 milliards de dinars, soit une couverture de 106 jours d’importations.
Si ce chiffre témoigne d’une résilience certaine, il est désormais soutenu par une mesure radicale de défense monétaire : la nouvelle Circulaire aux intermédiaires agréés n°2026-04, publiée le 26 mars 2026.
Un pays doit être capable de tenir plus de 100 jours de couverture d’importation : c’est un seuil de sécurité critique. Avec un niveau de 106 jours en avril 2026, les réserves tunisiennes constituent une marge de manœuvre précieuse pour faire face au service de la dette extérieure tout en garantissant l’approvisionnement en produits stratégiques.
Toutefois, cette consolidation est le fruit d’un arbitrage assumé par le Gouverneur Fethi Zouhaier Nouri : le passage au « tout cash » pour les produits non essentiels.
Ce qui change vraiment pour ce printemps 2026, c’est que les conditions de financement deviennent nettement plus sévères. La Circulaire n°2026-04 impose désormais aux importateurs de produits dits « non prioritaires » de financer totalement leurs opérations sur fonds propres.
En pratique, les banques ne peuvent plus accorder de crédits, avances ou garanties pour importer des biens figurant sur une liste très précise (de l’électroménager haut de gamme à certains produits alimentaires raffinés). L’importateur doit déposer 100 % de la valeur de la transaction avant toute domiciliation.
L’objectif de cette mesure d’urgence est clair :
- Stopper l’hémorragie des devises : En supprimant le levier bancaire, la BCT freine mécaniquement la consommation de produits importés superflus.
- Protéger la souveraineté : Les ressources en devises sont sanctuarisées pour les besoins vitaux : céréales, médicaments et énergie.
Consciente des risques de paralysie, la BCT a prévu des exceptions stratégiques. Ne sont pas concernés par cette obligation de fonds propres :
- Les importations liées aux marchés publics.
- Les achats des entreprises industrielles directement liés à leur cycle de production.
- Le régime du perfectionnement actif (matières premières destinées à être réexportées après transformation).
Cette circulaire est un « bouclier » indispensable pour Capital Vision TN pour maintenir les 106 jours de réserves, mais elle représente un défi majeur pour le tissu économique. L’obligation de s’autofinancer risque d’alourdir la trésorerie des PME, favorisant de fait les grands groupes qui disposent de liquidités importantes.
Cependant, sur le plan macroéconomique, la réaction des marchés ne s’est pas fait attendre. Le Tunindex, frôlant les 15 600 points, semble valider cette rigueur qui éloigne le spectre d’une dévaluation brutale du dinar.
Avec une couverture de 106 jours, la Tunisie bénéficie d’un coussin de sécurité solide pour 2026. La circulaire 2026-04 se présente comme une digue indispensable dans une période de tempête géopolitique. Pour l’investisseur, la visibilité s’améliore, mais la sélection des titres devra désormais intégrer la capacité des sociétés à gérer ce nouveau paradigme du « cash-only » pour leurs besoins extérieurs.
Sources officielles :
- Banque Centrale de Tunisie (BCT) : Indicateurs monétaires au 10 avril 2026.
- Circulaire n°2026-04 du 26 mars 2026 relative aux conditions de financement de l’importation de produits non prioritaires.

